Precorte de Mujeres, dignidad y memoria, 8 octobre 2005, Cali

Cours de femmes de Cali, dignité et mémoire
samedi 12 novembre 2005.
 
Mes impressions et commentaires.

Pour en savoir plus sur les cours de justice de femmes, voir la présentation en espagnol

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Corte de mujeres colombianas
 

Samedi 8 Octobre 2005, conseil municipal de Cali. En ce jour de week-end, les conseillers sont de repos et la salle du conseil est envahie par de femmes venant de tout le département de la Valle del Cauca. Contrastant fortement avec les portraits d’hommes sévères accrochés aux murs, elles sont colorées, bruyantes, rieuses et surtout femmes ! Il s’agit de la Precorte de mujeres du département, qui a pour but de faire un premier état des lieux et d’aider à préparer la Corte nationale qui se tiendra dans les prochains mois et la Corte internationale au Venezuela en 2006. Cette Precorte est consacrée aux déplacements forcés et aux viols dans le cadre du conflit armé. (D’autres Precortes auront lieu dans le pays, notamment à Bogota et à Carthagène, sur la prostitution forcée, le travail informel, les grossesses des mineures, etc...).

Il y a là essentiellement des représentantes d’associations ou d’organisations de femmes du département, pas vraiment d’indépendantes, quasiment pas d’hommes, et les rares sont des "techniciens", filmant ou permettant l’éclairage pour les petits spectacles qui auront lieu. Il y a aussi un grand groupe de femmes de Putu Mayo, département du sud du pays, l’un des plus touchés par le conflit, et qui ne pourra pas organiser, pour des raisons des sécurité, sa propre Precorte, comme cela était prévu.

La journée commence par un rituel un peu new-wave, avec offrande de fruits, bougies aux couleurs du drapeau colombien, et un discours proche du prêche évangéliste mais en plus laïque. Je me suis vraiment demandé ce que ça faisait là, mais bon, il est vrai que comme beaucoup de pays d’Amérique latine, l’évangélisation des conquistadors a duré plus de temps que le pouvoir de la couronne d’Espagne et la population est en grande majorité catholique, croyante, et pratiquant à sa manière. Mais j’ai du mal, moi, à penser qu’on peut lutter pour l’émancipation, les droits élémentaires, ou simplement le respect des femmes, et être catholique, ou même chrétien (ou autres religions paternalistes). Et les femmes que je connaissais ici dans cette Precorte viennent plus d’une tradition de luttes, disons marxistes, que de nonnes guerrières. Quoiqu’il en soit, après cette introduction un peu étranges à mes yeux, nous avons l’occasion d’entendre plusieurs discours, d’abord sur ce que signifie cette Corte de Mujeres Colombianas, puis sur les thématique du jour, le viol pendant la matinée et le déplacement dans l’après-midi. Il y a aussi la formation du groupe de "Juges", ici appelées Femmes-Mémoire.

Mujeres Memoria - 142 ko
Mujeres Memoria
 

Il s’agit de femmes reconnues pour avoir toujours travaillées pour les femmes, de manière politique, syndicale ou associative. À la fin de chaque demi-journée, elles font un discours commun. Et elles ont publié quelques jours plus tard le texte ci-dessous, comme "verdict". En dehors de ces discours, il y a quelques témoignages, rares en réalité. Je m’attendais à plus. Certaines des femmes présentes s’attendaient aussi à des témoignages "positifs", à savoir des histoires où les difficultés, les douleurs ont été surmontées, et où l’on a su trouver des solutions malgré la barbarie, ou en tous cas des propositions. Ce qui a été très intéressant, et a pu suppléer à ces témoignages, sont les nombreuses représentations qui permettront de donner un éclairage plus artistique mais tout aussi émouvant, voir plus, à ces expériences.

Teatro la Masquara - 103.3 ko
Teatro la Masquara
 

Groupes de théâtre locaux, ou simplement groupe de femmes, ont mis en scène ces histoires de viols, de guerre, de mort et de déplacements forcés, permettant d’aller plus profond que des discours exaltés ou attristés.

La journée se termine avec un nouveau rituel, une sorte de méditation collective de notre fausse chamane, qui nous explique d’un ton autoritaire comment et où nous asseoir, avant de lire au micro un texte supposé nous aider à nous sentir fort ensemble, en sentant l’esprit divin au fond de nous. Sans commentaires

À vrai dire je n’ai pas été très emballé par l’événement. Je m’attendais à quelque chose de plus fort, plus contondant. J’ai dû être un des seul à véritablement apprendre quelque chose, même si je n’ai pas tout compris. Toutes les femmes présentes, et les quelques hommes, connaissaient déjà très bien tous ces malheurs, pour en avoir vécu une partie, pour connaître des proches l’ayant vécu, ou tout simplement en vivant dans ce pays. De plus je pensais qu’on tenterait de faire un tour complet de la condition féminine dans le pays, et qu’on ne parlerait pas uniquement des cas de violences graves, mais aussi du sexisme au quotidien, au travail, dans la famille ou dans la rue, du droit à une sexualité libre et à l’avortement, etc. Évidemment en une journée, c’était impossible, et l’argent -venu exclusivement d’ONG occidentales, rien d’institutions nationales- manquait pour prolonger l’évènement. J’avais comme référence en tête, un procès symbolique contre les medias privés vénézuéliens et leurs agissements lors du coup d’Etat contre Chavez en avril 2002 (voir à ce sujet) organisé au sein du Forum Social Mondial à Porto Alègre en 2003. Apres des témoignages divers, des preuves et des réquisitoires, les"juges" avaient prononcé une sentence, symbolique bien sur, mais qui engageait à beaucoup me semblait-il. Ici, malgré la sentence des Femmes-Mémoires, il m’a semblé qu’elle ne faisait que partie de la longue liste des dénonciations des crimes contre les femmes et contres êtres humains dont se rend coupable chaque jour ce pays et ses dirigeants dans leur complicité avérée avec certains des groupes armés, et leur refus de toutes tentatives pacifique pour sortir du conflit.

De plus, la forme de cette Precorte en m’a pas convaincue, et nombre des organisations présentes ce jour-là, avait déjà organisé des actions, des évènements plus riches et intéressant pour dénoncer cette situation. En en discutant avec des organisatrices, elles m’ont expliqué que le but n’était pas de réclamer une quelconque sentence, mais d’abord de réussir à faire parler des violences faites aux femmes dans les medias, car c’est un thème totalement ignoré, et seul un évènement de grande envergure peut espérer le mettre en avant, ne serait ce qu’un temps. Et cela a été une réussite (relative), car effectivement les medias locaux en ont parlé à plusieurs reprises, et même quelques semaines plus tard, il y eu encore une émission de télé avec des représentantes de la Precorte, sur le canal universitaire. Deuxième objectif : rassembler. Car c’est rare que ces organisations se retrouvent, puissent partager ces expériences, et tenter de lutter ensemble. Et dans le climat de peur qui entoure tous les mouvements progressifs, et encore plus les femmes, si souvent victimes (il est très courant que des leaders politiques ou syndicaux ou autres, soient assassinés lorsque leur groupe dérange), les gens ont peur de dénoncer, de s’organiser, de manifester. La politique clientéliste que pratique les autorités depuis des années a aussi fait des ravages dans la solidarité et la convergence des luttes. Mais ici les organisatrices ont été quelque peu déçues, car la participation n’a pas été aussi importante qu’escomptée, et je n’ai pas entendu, à la suite de cet évènement, de nouvelle proposition de rencontre.

Malgré mes impressions négatives, il semble que ce mouvement de convergence, de dénonciation, d’organisation -bien qu’ayant déjà un long passé- ne soit qu’à ses début. On est encore loin d’avoir trouver des solutions effectives et efficaces pour lutter contre tous les crimes dont sont victimes les femmes, dans ce pays et dans le monde, mais il semble que cette Precorte, celles qui suivront, ainsi que les Cortes internationales, cherchent une nouvelle forme pour les faire connaître. Espérons que bientôt les autorités ne pourront plus les ignorer.

Déclaration finale des Femmes-Mémoire

VEEDURÍAS DE MUJERES PARA ROMPER CON EL ABUSO DEL PODER ESTATAL Y CUMPLIMIENTO DE LA SENTENCIA DE LA CORTE CONSTITUCIONAL PARA LA ATENCIÓN A LA POBLACIÓN DESPLAZADA, EXIGIÓ LA PRECORTE”MUJER, DIGNIDAD Y MEMORIA”, REALIZADA EN CALI EL 8 DE OCTUBRE DE 2005

Las MUJERES MEMORIA dieron su veredicto final luego de escuchar a las testimoniantes violadas y desplazadas al interior del conflicto armado colombiano. Este fue su veredicto :

VIOLACIÓN :

1-“Reafirmamos nuestra condición de coayudar en la construcción de un escenario permanente que nos permita visibilizar esta realidad cruel que ha convertido a la Mujer, las niñas y los niños en víctimas invisibles de las violencias”.

2-“demandamos que hayan fiscales especializados en violencia sexual que trabajen desde un perspectiva de Género y Derechos Humanos”.

3-“Exigimos Veedurías Locales, Regionales y Nacionales de Mujeres para el seguimiento de procesos judiciales en delitos de violencia sexual ; ya que los actuales denotan : complicidad, silencio, interrogatorios victimizantes y el abuso de poder estatal”.

4-“Llamamos a la movilización social y política para visibilizar y sensibilizar al país sobre la situación que viven las mujeres, las niñas y los niños en el contexto del conflicto armado colombiano”.

VEREDICTO SOBRE DESPLAZAMIENTO FORZADO :

1-“Denunciamos del estado la violencia que se manifiesta en : la ausencia política del estado para que responda a la realidad que viven millones de personas en nuestro país”.

2-“la Ley aprobada de Justicia y Paz no solo favorece la impunidad, sino que legitima los actos bárbaros de desalojo permitiendo que los actores armados se constituyan en propietarios”.

3-“Exigimos el cumplimiento de la sentencia de la Corte Constitucional que da propiedad a la atención integral en condiciones de Dignidad a las personas desplazadas”.

4-“Respaldamos la conclusión del Foro de las Víctimas que rechazan la Ley del Gobierno y proponen un proceso de consolidación de la Comisión de la Verdad para que haya Justicia y Reparación”.

Más de 200 mujeres de Cali, Cartagena, Putumayo, Bogotá, Pereira, Tulúa, Sevilla y otras poblaciones del Valle, acompañaron esta audiencia pública que contó con investigación, temática y lúdica ; mediante la cual se exteriorizaron los dolores y las resistencias que viven las mujeres en el contexto del conflicto armado ; que ha convertido sus cuerpos en botín de guerra.


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